Indemnisation après une infection nosocomiale : la procédure

L’infection nosocomiale est l’une des situations les plus difficiles à vivre pour une victime. Vous êtes entré à l’hôpital ou en clinique pour vous soigner, et vous en êtes sorti avec une infection que personne ne vous avait annoncée. La loi française reconnaît cette double peine et a posé un régime d’indemnisation spécifique : selon la gravité de l’infection, soit l’établissement de santé est responsable de plein droit, soit l’indemnisation de l’infection nosocomiale est prise en charge par l’ONIAM au titre de la solidarité nationale. Maître Claire LATOUCHE accompagne les victimes nantaises et du Grand Ouest dans cette procédure depuis plus de quinze ans.

Qu’est-ce qu’une infection nosocomiale au sens du droit français ?

Le droit français définit l’infection nosocomiale comme une infection qui n’était ni présente ni en incubation au moment de l’admission du patient dans un établissement de santé, et qui apparaît à l’occasion d’un acte de soins. Le délai de référence retenu par Santé publique France est de quarante-huit heures après l’admission. Au-delà de ce délai, une infection diagnostiquée est présumée nosocomiale, sauf preuve contraire apportée par l’établissement.

Cette définition englobe toutes les infections contractées en milieu de soins : milieu hospitalier public ou privé, clinique, centre de dialyse, EHPAD avec acte de soins, et désormais — depuis l’extension jurisprudentielle de la dernière décennie — les actes de chirurgie ambulatoire et certains soins en cabinet de ville. Le critère central reste l’imputabilité de l’infection à un soin, et non à l’évolution naturelle d’une maladie antérieure.

Qui paie l’indemnisation : l’établissement ou l’ONIAM ?

Le législateur a tranché par la loi du 30 décembre 2002, codifiée à l’article L.1142-1-1 du Code de la santé publique. La règle se lit en deux temps. Première règle : tout établissement de santé est responsable de plein droit des dommages résultant d’infections nosocomiales, sauf à rapporter la preuve d’une cause étrangère. Cette présomption pèse sur l’établissement et non sur la victime — c’est un point essentiel, car dans la pratique, une victime n’a pratiquement jamais accès aux protocoles internes d’hygiène et aux registres microbiologiques qui permettraient de remonter à la source.

Seconde règle : lorsque l’infection nosocomiale entraîne un déficit fonctionnel permanent (DFP) supérieur à vingt-cinq pour cent, ou le décès de la victime, l’indemnisation passe à la charge de l’ONIAM (Office National d’Indemnisation des Accidents Médicaux). Le seuil de 25 % de DFP est une valeur charnière : en dessous, c’est l’assureur de l’établissement qui paie ; au-dessus, c’est la solidarité nationale qui prend le relais. Ce mécanisme évite que les victimes les plus gravement touchées ne se heurtent à un assureur insolvable ou à une procédure judiciaire interminable.

« Les établissements, services et organismes mentionnés au premier alinéa sont responsables des dommages résultant d’infections nosocomiales, sauf s’ils rapportent la preuve d’une cause étrangère. »

Article L.1142-1, I, alinéa 2 du Code de la santé publique

Quels postes de préjudice sont indemnisables après une infection nosocomiale ?

L’indemnisation est calculée selon la nomenclature Dintilhac, qui distingue plus de vingt postes de préjudice. Les postes les plus fréquemment mobilisés dans les dossiers d’infections nosocomiales sont les frais médicaux et de rééducation passés et futurs, les pertes de revenus pendant l’arrêt de travail puis après consolidation, le déficit fonctionnel temporaire et permanent, le pretium doloris, le préjudice esthétique permanent, le préjudice d’agrément lorsqu’une activité sportive ou de loisir devient impossible, et — pour les dossiers les plus lourds — le besoin d’aide humaine et l’aménagement du logement.

Le référentiel Mornet, dans son édition 2024, sert de base d’évaluation pour la plupart des juridictions du ressort de la cour d’appel de Rennes. Voici les fourchettes observées sur les principaux postes :

Poste de préjudiceFourchette basseFourchette haute
Déficit fonctionnel temporaire (par jour)16 €31 €
Déficit fonctionnel permanent (par point AIPP)1 350 €4 500 €
Pretium doloris (échelle 1 à 7)1 500 €35 000 €
Tierce personne (par heure)13 €22 €
Préjudice esthétique permanent (échelle 1 à 7)1 000 €40 000 €
Source : référentiel Mornet 2024, fourchettes pratiques par poste de préjudice corporel.

La procédure devant la Commission de Conciliation et d’Indemnisation (CCI)

La voie la plus rapide pour obtenir une indemnisation est la saisine de la Commission de Conciliation et d’Indemnisation. Cette commission régionale, gratuite pour la victime, instruit les dossiers d’accidents médicaux dont la gravité atteint le seuil prévu par l’article L.1142-1-II du Code de la santé publique : déficit fonctionnel permanent supérieur à vingt-quatre pour cent, ou incapacité totale de travail supérieure à six mois consécutifs ou non sur douze mois, ou conséquences graves sur la vie privée ou professionnelle, ou décès de la victime.

La CCI ordonne une expertise médicale contradictoire prise en charge par l’ONIAM, rend un avis dans un délai moyen de six à douze mois, puis transmet le dossier soit à l’assureur de l’établissement, soit à l’ONIAM, qui dispose alors de quatre mois pour formuler une offre d’indemnisation. Si l’offre est jugée insuffisante par la victime, elle conserve la possibilité de saisir le tribunal judiciaire ou administratif. Dans les dossiers que nous accompagnons, nous obtenons fréquemment des compléments d’indemnisation de l’ordre de vingt-cinq à quatre-vingts pour cent par rapport à l’offre initiale.

Quels délais pour agir après une infection nosocomiale ?

Le délai de prescription est de dix ans à compter de la consolidation du dommage, conformément à l’article L.1142-28 du Code de la santé publique. Le point de départ de ce délai est essentiel à comprendre : il ne s’agit pas de la date de l’acte de soins, ni de la date du diagnostic de l’infection, mais de la date à laquelle votre état est stabilisé sur le plan médical et où les séquelles peuvent être évaluées de manière définitive. Pour les enfants victimes, le délai ne commence à courir qu’à leur majorité.

Ce délai long permet d’agir bien après la sortie de l’hôpital, ce qui est souvent indispensable pour les infections à séquelles tardives. Pour autant, nous recommandons toujours d’engager les démarches dans les six à douze mois qui suivent la consolidation : les expertises médicales, les protocoles d’hygiène internes à l’établissement et les preuves de la chronologie sont plus faciles à obtenir tant que les acteurs sont encore en poste et que les archives sont accessibles.

Comment Maître LATOUCHE accompagne les victimes d’infections nosocomiales

Notre cabinet, basé à Nantes et intervenant dans tout le Grand Ouest, prend en charge les dossiers d’infections nosocomiales en cinq étapes successives. Première étape : l’analyse exhaustive du dossier médical, accompagnée si nécessaire de la consultation d’un médecin-conseil indépendant. Deuxième étape : l’identification de la voie procédurale la plus efficace selon la gravité du dossier — CCI, voie judiciaire, ou recherche directe d’un accord transactionnel avec l’assureur de l’établissement. Troisième étape : la préparation et l’assistance à l’expertise médicale, qui est le moment où se joue l’évaluation de chaque poste de préjudice. Quatrième étape : la chiffraison complète de l’indemnisation due, en mobilisant le référentiel Mornet 2024 et la jurisprudence la plus récente. Cinquième étape : la négociation ou le contentieux, jusqu’au versement effectif des sommes obtenues.

Vous pouvez nous transmettre votre dossier médical et le détail de votre situation lors d’une première consultation gratuite. Nous vous indiquerons dans les jours qui suivent si une procédure est envisageable, par quelle voie, et avec quel ordre de grandeur d’indemnisation potentielle. Nos modalités d’honoraires sont détaillées sur la page dédiée ; pour les dossiers d’infections nosocomiales, nous travaillons généralement au forfait avec honoraire de résultat.

Sources et références

Dernière mise à jour : 18 juin 2026

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